
Chaque jour, trois phrases - parfois notes de travail, parfois journal intime -.
6 octobre 2026
Parfois les yeux s'endorment, mais les phrases les réveillent.

*
Mon esprit se déplace en pensée parce que des cellules biologiques ne cessent de se subdiviser en moi, je rebondis parce que je bous et je vis.
*
La foule est partout, la guerre est partout, la jalousie, la souffrance, la folie folle sont aussi partout, et l'unique, le miraculeux, le sublime où est-il ? presque nulle part.
*
5 octobre 2026
Foulée agile de trottoir en trottoir, bondir, ne jamais ralentir, je fais ma course de nuit, jogging sous les étoiles.

*
Pour les yeux du lecteur, ça fait des kilomètres de lignes imprimées à parcourir, et qui raviront le cerveau, les veines, les muscles, les os.
*
Quelque chose commence, quelque chose se construit, le monde change progressivement, le corps se déplace, or en allant ailleurs on devient un autre.
*
4 octobre 2026
Tiens-toi à un endroit où tout ce qui t'arrivera, bénéfique ou néfaste, t'avantagera pourtant.

*
J'arrive toujours à trouver ce dont j'avais besoin; fort bien.
*
Mettons que tu sois le ciel et que tous les arbres poussent vers toi, leur faut-il une raison ? ou même une autorisation ? non, ils font ce qu'ils savent faire.
*
3 octobre 2026
À force de lire, on devient ce qu'on lit, délicieuse transsubstantiation, changement d'une substance en une autre.

*
Comme une plage que l'océan ne recouvrirait jamais, et dont le sable garderait la trace de tous les pieds qui l'ont un jour foulée.
*
Vois et sois, lis et vis, voilà le programme.
*
2 octobre 2026
Je laisse l'océan m'encercler, et donc me porter, je sais qui je suis, je sais pourquoi je suis là, au milieu de nulle part, entouré d'eau sur des kilomètres.

*
Contente-toi de ce que tu as, et tu verras, ta situation étrangement prospérera.
*
Les arbres centenaires, se débattant contre le temps, leurs branches lancées à la verticale vers le ciel, comme un plongeur en pleine chute, qui bientôt percera les flots.
*
1er octobre 2026
Il plane énorme au-dessus de ton horizon, ton dieu, c'est-à-dire ton nouveau toi-même, ardent et fort comme le soleil du matin.

*
Elle a la flemme d'écrire, alors elle demande aux machines, qui écrivent pour elle, mais rien n'est écrit, tout est copié, imité, simulé, pauvre univers de papier mâché.
*
Car pour savoir écrire, il faut d'abord savoir lire.
*
30 septembre 2026
On dit Être plus épuisé qu'un mort, mais souvent ce sont les morts qui épuisent leurs survivants.

*
Le chemin, toujours le chemin, tu ne le perds pas de vue.
*
Il y a, paraît-il, un monde caché à l'intérieur du monde.
*
29 septembre 2026
J'attends la grande fortune qui s'annonce.

*
On dirait que la Terre, sans l'avouer, s'est rapprochée du soleil, et que ce dernier nous brûle bien plus fort qu'avant, nous consumant lentement.
*
J'apprendrai à nager, et même à nager mieux, je triompherai des eaux les plus vives et de tous les courants.
*
28 septembre 2026
Toujours rester éveillé, ne jamais abandonner, ne jamais lâcher.

*
Tu as déjà tout en toi, tu n'as plus qu'à te laisser glisser sous forme de mots.
*
J'appuie sur le bouton et mon avion décolle tout seul, à moi le saut de puce d'un pays, ou d'un siècle, ou d'un corps à l'autre.
*
27 septembre 2026
Où vont les morts ? Qui sait, ils changent peut-être de pays, ils font un voyage lointain mais sans retour, ils passent les frontières, les mers, les siècles.

*
J'ai traversé la foule, j'ai survécu et j'ai atteint ma destination.
*
Intersections, stops, priorités à droite, coups d'½il à gauche, puis lignes droites, regard loin devant dans le grand vent, tu portes le vélo autant qu'il te porte.
*
26 septembre 2026
Grands dieux, le futur est radieux.

*
Je gravis un petit escalier jusqu'à un promontoire, un temple et un autel, et de là je vois combien je suis devenu celui que j'ai toujours voulu.
*
Qu'est-ce que je pense de moi ? le plus grand bien, généralement.
*
25 septembre 2026
Tu envies les vraies fleurs, celles qui au printemps sortent du gazon sans rien demander à personne.

*
Fichez-moi la paix, telle est ma devise.
*
Partout trop de morts, et tellement peu de naissances, et si muettes, si secrètes.
*
24 septembre 2026
Prenez et lisez-en tous, ceci est mon corps livré pour vous.

*
C'est la marée haute, le moment de lever l'ancre en ouvrant un livre.
*
Je plie moi-même mon parachute, j'écris mes livres tout seul, au stylo-plume et sur du papier.
*
23 septembre 2026
Je fabrique de l'électricité en transformant le chaos en mots.

*
Le monde est là sous ma main, parfaitement visible dans son arc-en-ciel si vif, si contrasté.
*
Je retrouve toujours ceux que je crois avoir perdus, vie éternelle ! bon vent aux explorateurs du Temps !
*
22 septembre 2026
Inutile d'allumer, en terrain connu je sais me déplacer dans le noir absolu.

*
Tu fends les eaux comme n'importe quel bateau, tu traces au milieu des phrases.
*
Écrire des livres, ou en publier, ou en lire, ça ne peut pas faire de mal.
*
21 septembre 2026
Je ne me demande pas si quelque chose est faisable, je le tente et je vois le résultat.

*
Imagine une immense salle de concert, tu es seul sur la scène et toutes les chaises en face de toi sont vides.
*
Quand je me sens perdu, je dresse des listes : mes soucis, mes espoirs, mes amis, mes ennemis, mes faiblesses, mes atouts.
*
20 septembre 2026
1, 2, 3, je suis là, je ne suis plus là, je suis maintenant, je suis hier, je suis demain.

*
Les phrases trottent à leur rythme, elles poursuivent leur chemin tout tracé.
*
Il y a un signe dessiné sur le ciel, que tu as su reconnaître, un obélisque, une colonne dressée vers le firmament.
*
19 septembre 2026
À domicile, autour de moi, je ne vois que du bois.

*
Or je touche du bois, mes textes suivent leur voie, malgré mille tracas.
*
Les livres épais sont-ils plus lus que les livres fins ? se vendent-ils mieux ? On verra ça bientôt, l'exercice aura été profitable, n'en doutons pas.
*
18 septembre 2026
Je ne suis que si je peux me voir, je me vois donc je suis.

*
Où se trouve le secret des secrets ? À quelle heure, dans quel lieu, et quelle clé saura le percer ?
*
Vivre sa vie consiste à apprendre puis vérifier tout le dictionnaire.
*
17 septembre 2026
Le lecteur est un acteur malgré lui.

*
Tant pis si les nuages s'accumulent au-dessus de ma tête, ils sont nombreux mais éparpillés sur un fond bleu de toute beauté.
*
La satisfaction du client est ma priorité.
*
16 septembre 2026
Je vais de l'avant, même si de plus en plus lentement.

*
Ça zigzaguera encore pendant plusieurs mois, c'est le sujet qui veut ça, le climat, l'ambiance, l'époque, qui l'imposent malgré moi.
*
Ce qui devra s'écrire s'écrira, le reste on l'oubliera.
*
15 septembre 2026
Est-il vrai que certains humains ne meurent jamais, qu'ils survivent éternellement, très loin, cachés de tous ?

*
Les années défilent, mais certaines vérités restent immobiles.
*
Chaque soir, je m'allonge dans une barque et je glisse jusqu'au matin sur des canaux secrets.
*
14 septembre 2026
Ce que tu es le seul à savoir, tu dois impérativement l'écrire.

*
Sous des allures d'excès, je suis mesuré partout, et inversement.
*
Nous revoilà en pleine Renaissance, les vérités doivent être rapatriées depuis l'Antiquité puis exposées.
*
13 septembre 2026
Cette voix qui lit un livre en toi sera toujours ta voix.

*
Je ferme les yeux et je laisse la lumière du soleil me pénétrer lentement.
*
Lisez et vous serez exaucés.
*
12 septembre 2026
Partout les choses vont de plus en plus mal, pourtant toi tu te portes de mieux en mieux.

*
Faites-les asseoir, puis faites-les lire, vous verrez, au bout d'un moment ils se mettront à pleurer, puis à sourire, et plus tard ils commenceront à danser.
*
J'ai bricolé un soleil personnel et ça a marché, il brille remarquablement, c'est l'été toute l'année.
*
11 septembre 2026
La vie n'est pas un songe, la vie est une sieste qui ne prend jamais fin, quelle merveille.

*
Quand le réel te déplaît, tu le remplaces, c'est le privilège de l'artiste, le monde lui est soumis.
*
Je vais remonter vers la dune, laisser l'océan derrière moi, et je dormirai bercé par le métronome des vagues.
*
10 septembre 2026
J'ai toute ma tête, et même bien davantage, ma tête et la tête de mille autres.

*
Fréquemment, tu oublies dans quel temps tu marches, dans quelle époque tu vis : 2030, 2010 ou 1990 ?
*
Le chemin existe encore, le sentier reste praticable, il suffit de retrouver la piste.
*
9 septembre 2026
J'ai d'ores et déjà réservé ma place au paradis.

*
Le monde semble s'écrouler, et toi tu continues de lire, car c'est la meilleure chose à faire, tant pour toi que pour lui.
*
Comme plus personne n'a les yeux pour me voir, on ne propose plus mes textes au public, et c'est bien triste.
*
8 septembre 2026
Être immense comme un immeuble, c'est ton objectif, grandir jusqu'à mesurer vingt mètres, puis partir sillonner les océans comme un cachalot glorieux.

*
Je ne fais pas ce que je peux, je fais ce que je veux.
*
Tu ne crois pas à la vie après la mort parce que tu ne crois pas à la mort.
*
7 septembre 2026
Donnez-moi un piano, je jouerai une sonate, donnez-moi l'alphabet, je changerai le réel.

*
On n'a jamais vu un chêne et un humain discuter de la pluie et du beau temps, n'est-ce pas.
*
Suis-je vivant ? Il semble que oui.
*
6 septembre 2026
Je n'avance pas masqué, j'avance entièrement caché, j'ai le don d'invisibilité, on ne voit que la trace de mes pas s'imprimer sur le sable.

*
Vivre au nord ? Bruine, averses, neige, ciel gris : j'ai déjà donné, non merci.
*
La roulette a tourné et chaque fois mon numéro est sorti, en quelque sorte j'ai fait sauter la banque.
*
5 septembre 2026
Dans un monde idéal, chaque âme cohabiterait parfaitement avec son propre corps : ce monde est la lecture.

*
Les leçons ne sont pas données, elles sont trouvées, elles ne sont pas copiées, elles sont apprises, rien ne remplace l'expérience.
*
On verra, vous verrez, je verrai moi-même que j'avais raison de choisir cette voie.
*
4 septembre 2026
Une fois qu'on a trouvé comment s'élever et planer, on ne veut plus s'arrêter.

*
Ils m'oublient, ils croient que je suis mort, parfait, tout se passe comme prévu.
*
Aujourd'hui ici, demain ailleurs, après-demain n'importe où si là se trouve l'éden.
*
3 septembre 2026
Déchiffrer les phrases, telle est ma religion, telle est ma liturgie.

*
Chacun sa croyance, chacun sa providence, je fais confiance aux grands livres pour me protéger.
*
Ouvre la fenêtre, ouvre l'horizon, table rase, page blanche à perte de vue.
*
2 septembre 2026
Ma pensée est en train de fuir, je dois la colmater, et donc l'écrire.

*
Les étés précédents n'auront servi qu'à parvenir à ce moment-ci, la baignade suprême, le baptême du sens.
*
Et laisser ce vieux monde usé derrière toi, qu'ils se débrouillent tous avec ce fatras.
*
1er septembre 2026
Partout où passera le torrent, la joie fourmillera, les histoires charrieront de grandes forces, de grandes idées, de grands espoirs.

*
Je croque dans toutes les pommes, je veux dire j'ouvre n'importe quel livre.
*
Tu es encore à quai et déjà parti, toujours ici mais enfin arrivé, le voyage est perpétuel.
*
NOTES :
- Le Carnet existe depuis 2007.
- La partie 2007-2020 du Carnet, jadis hébergée sur un blog de
Gandi.net et disparue d'Internet, est en cours d'archivage pour être
remise en ligne ici.
- Des phrases du carnet, soudées les unes aux autres, ont composé le texte du poème Le seul fou (Ed. Allia, 2024).